48h pour convaincre
Certaines se nourrissent même de la campagne actuelle, jugée à mille lieues des préoccupations populaires. Sauf
que l’enjeu du 22 avril n’est ni la viande halal ni la réforme du permis de conduire. Ce qui est en jeu avec ce scrutin,
c’est la vie des gens, l’avenir du pays. Depuis cinq ans Sarkozy est aux manettes pour le plus grand bonheur de la finance. Il met en oeuvre une politique lourde de conséquences pour le peuple et le pays. Alors, qu’est-ce qu’on
fait? On continue? On aménage? On change vraiment?
Ne pas voter, n’est-ce pas au fond se résigner à la situation telle qu’elle est? Les patrons, les banquiers ont leur candidat. Laurence Parisot ira voter. Elle a même désigné son favori - Nicolas Sarkozy - et son ennemi - Jean-Luc Mélenchon, « un héritier de la terreur ». Elle sait où est son intérêt. Pour les gens qui vivent de leur travail, l’intérêt n’est-il pas d’en finir avec cette caste au pouvoir. Il faut le dire le 22 avril. Mais leur intérêt n’est-il pas que ce changement à la tête de l’État se traduise aussi par des changements dans leur vie. Cela aussi il faut le dire. Utiliser le bulletin Jean- Luc Mélenchon le 22 avril est le meilleur moyen de faire entendre cette double exigence. C’est aussi le moyen d’amplifier l’insurrection citoyenne qui a commencé et dont nous avons tant besoin.
A défaut de convaincre par l’audace de ses propositions, le candidat socialiste ressort l’argument du vote « le plus
utile » pour battre Nicolas Sarkozy. Ce qui laisse supposer qu’il y aurait des votes « inutiles ». Drôle de conception du
débat démocratique. Mais au-delà de cette vision hégémonique de la vie politique, les arguments développés autour
du vote utile ne tiennent pas. Le vote Mélenchon affaiblit-il la gauche? Non! Le total des intentions de vote à gauche
n’a jamais été aussi fort depuis 1988. Il a progressé de 6 % entre janvier et mars. Précisément au moment où Jean-Luc Mélenchon enregistrait une forte poussée dans les sondages.
Marine Le Pen peut-elle être au 2e tour? Non! La candidate du Front national est « out ». Le risque de sa présence au second tour n’existe plus. Elle a même toutes les chances de finir en quatrième position… derrière Jean-
Luc Mélenchon. François Hollande doit-il arriver en tête au 1er tour pour l’emporter au second? Non! Toute l’histoire
de la Ve République montre qu’il n’y a pas d’automatisme.
Mitterrand était derrière Giscard en 1981, il a gagné, alors que Jospin était devant Chirac en 1995 et il a
perdu. Mais il est un autre enseignement de l’histoire.
C’est que lorsque les forces transformatrices sont affaiblies, c’est le contenu du changement qui se trouve du même
coup amoindri. Un dirigeant du patronat l’avait dit en son temps: « On ne fait pas la même politique
lorsque le PCF est à 20 % ou à 5 %. » Chacun a malheureusement pu en faire l’expérience ces dernières années.
Alors, lorsqu’on est de gauche on ne lâche plus rien. Au premier tour on dit ce qu’on pense, au 2e on élimine.
Ya-t-il d’un côté la colère et de l’autre la raison? C’est ce que certains à gauche veulent faire croire. Mais qu’estce
que la raison? Depuis des décennies, les citoyens sont appelés à être raisonnables. Au nom de la raison, les gouvernements ont bloqué les salaires, « dégraissé » l’emploi, fait reculer l’âge de la retraite et réduit les dépenses publiques…
Pour quels résultats? En l’espace de quelques années, des masses considérables d’argent sont passées du travail
au capital. La rentabilité financière est devenue la règle d’or. C’est cette logique qui a conduit à la crise actuelle.
Face à cela, Sarkozy dit qu’il n’y a pas d’autres chemins et qu’il va continuer. Sans remettre en cause la logique, François Hollande veut y aménager quelques éléments de régulation. Pas trop coercitifs, comme il s’est cru obligé de le dire devant les représentants de la City à Londres. En fait, être raisonnable, n’est-ce pas précisément s’attaquer à la logique en remettant en cause cette domination des marchés financiers? Redistribuer les richesses autrement, en augmentant les salaires et en ponctionnant les revenus du capital.
L’efficacité ne passe-t-elle pas par le recul des gâchis du capitalisme en se donnant les moyens économiques et
fiscaux d’une politique en faveur de l’emploi et des besoins sociaux? La raison, tout simplement, n’est-ce pas mettre
l’humain d’abord?
« Ça serait bien,mais…l’Europe »
Avec le programme de Jean-Luc Mélenchon, la France se trouverait isolée en Europe. C’est l’autre variante du
discours fataliste prôné par les libéraux. Isolée la France, mais de qui? Des peuples de Grèce, d’Espagne ou du Portugal qui se battent avec courage contre les politiques d’austérité mises en oeuvre par leur gouvernement? Des
syndicats européens qui mobilisent pour mettre en échec le traité Merkel/Sarkozy et sa terrible « règle d’or »? Et si, au
contraire, le résultat de Jean-Luc Mélenchon sonnait comme un espoir, un encouragement dans toute l’Europe.
Au fond, n’est-ce pas cela « la France forte » dont certains se gargarisent? Celle qui ne se couche pas à la première injonction des puissants. Celle qui rayonne par son audace, son intelligence. Loin d’être un handicap pour l’Europe, le
programme du Front de gauche peut lui donner un nouvel élan en plaçant les peuples et non la finance au coeur de sa
construction.
Pas un simple coup de gueule
Il est clair que le vote Mélenchon sera le moyen d’exprimer sa colère et dire clairement « cinq ans ça suffit! »
Mais ce sera aussi la possibilité de faire entendre des exigences fortes et des propositions alternatives concrètes.
Plus le score de Jean-Luc Mélenchon sera haut, plus ces propositions deviendront incontournables. De plus en plus
d’électeurs en prennent conscience. C’est ce qui explique la dynamique actuelle du Front de gauche. Jusqu’où peut-elle aller? Nul ne le sait aujourd’hui. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a déjà fait exploser le scénario imaginé au départ. Avec le Front de gauche, la gauche de combat est de retour. Une gauche courageuse, forte de ses valeurs. Une gauche qui redonne espoir. Au lendemain de cette double séquence électorale - présidentielle et législatives - bien des choses peuvent bouger. C’est cette nouvelle page que le Front de gauche appelle à écrire.