À Wazemmes, pas de marché pour la gauche
(Article de Nord Eclair -28 février 2012)
Le marché du quartier est un passage obligé des militants locaux en ces temps de campagne présidentielle. Le dimanche, Parti socialiste et Front de gauche battent le pavé dans l'angle sud de la place.
Chacun tente de convaincre les électeurs, mais la rivalité reste cordiale.
Wazemmes et son marché : une place où tout se vend. Mais à l'approche de l'élection présidentielle, les transactions commerciales s'effacent au profit des tractations politiques.
Dimanche 19 février, au croisement de la rue Jules-Guesdes et de celle des Sarrazins, quatre militants du Front de gauche font face à une dizaine de leurs homologues du Parti socialiste.
Au milieu des effluves de samoussas, chacun tracte devant son bar attitré - Le Presto pour les partisans de François Hollande, Le Relax pour ceux de Jean-Luc Mélenchon. 10 h 30, la police municipale tente de faire reculer les militants derrières les barrières, en vain. Elle décampe. L'affrontement peut commencer, avec en fond la sempiternelle reprise de Bella ciao par un violon tzigane.
« Wazemmes, c'est toute une ambiance, lâche en riant Laurent Defaucheux, adhérent du parti communiste. On n'a que des points d'achoppement avec eux, mais on ne va pas se faire la guerre ici. » Cela fait déjà six mois que le jeune homme tracte chaque semaine sur le marché. À la une du papier glacé, Jean-Luc Mélenchon et son programme bien sûr. Au départ, Laurent aurait préféré soutenir André Chassaigne, mais il ne regrette rien. « Mélenchon a une gouaille qui interpelle les gens », témoigne le militant.
Adversaires mais pas ennemis
Entre leurs courses, les badauds jouent les curieux. Certains prennent le tract, avec un commentaire encourageant. D'autres critiquent le Smic à 1 700 E du candidat. « Ca m'étonne toujours un jeune qui va voter Hollande, glisse Laurent au détour de la conversation.
C'est déjà une forme de résignation. » Dans les rangs socialistes, la cavalerie pourvoit aux renforts. Aux côtés des militants, le député Yves Durand démarche les passants. « Il y a un véritable rejet de Sarkozy et une forte attente », observe le maire de Lomme.
Le coin de marché se transforme en tribune. Pêle-mêle, on cause éducation, immigration, économie ou encore crèches. Ici, la population est favorable à la gauche. Mais certains ne s'embarrassent pas avec les nuances. « C'est dommage qu'Hollande ne fasse pas équipe avec Mélenchon », regrette Sami Hadj Salem, avant de prendre le député à parti : « Il faudra lui donner quelque chose d'important si le PS passe. » Les socialistes rebondissent aussi sec et déplorent qu'il n'y ait pas d'alliance. Au Front de gauche, on renvoie le débat au second tour. « Nous avons de gros différends, mais nous sommes des adversaires, pas des ennemis », résume Béatrice Thellier, militante depuis les débuts du jeune parti.
À Wazemmes donc, la gauche s'affronte sans se battre le dimanche. Sauf contre deux ennemis communs : « Le FN et l'abstention. »