Assemblée citoyenne pour défendre l'école - Liberté Hebdo
« Nous sommes attachés à tous les services publics, pas seulement celui de
l’éducation. Je suis hostile à tout redéploiement entre ministères » .
Une soixantaine de personnes, dont plusieurs syndicalistes, ont débattu avec le Front
de Gauche des propositions pour inverser la tendance des dernières années basée sur la
casse du service public.
Quand les mobilisations citoyennes et les invitations politiques se croisent. Samedi dernier,
à Lille Wazemmes, il fallait vraiment chercher pour trouver un participant à l’assemblée
citoyenne du Front de Gauche réunie sur la thématique de l’école qui n’ait pas participé,
quelques heures auparavant à la manifestation contre les suppressions de postes et de classes
dans l’Académie de Lille. Animée par Joseph Demeulemeester, responsable de la section PCF
de Lille et candidat aux élections législatives, cette réunion publique s’inscrivait dans l’esprit
voulu par le Front de gauche : mettre son programme en débat, l’enrichir et s’en saisir pour
celles et ceux qui souhaitent faire grandir une véritable alternative à gauche. Eric Bocquet,
sénateur PCF et lui-même enseignant plante d’emblée le décor : « Nicolas Sarkozy avait
promis de supprimer 80.000 postes dans l’Education nationale. Sa promesse est remplie . Il
a supprimé cinq fois 16.000 postes » lance-t-il. « L’école est pour le pouvoir un laboratoire
de son projet de société basé sur la concurrence et le tous contre tous » ajoute l’élu. Selon
lui, « elle doit être un enjeu essentiel de la campagne électorale. L’école de la République doit
regagner du terrain ».
Fil rouge des interventions : l’exigence de clarté
Un projet de société. C’est à ce niveau-là que François Coq, secrétaire national du Parti de
Gauche aux questions situe lui aussi l’enjeu. « L’éducation ne se résume pas à placer des
pages « éducations » dans notre programme. Elle se situe partout, à chaque chapitre, car pour
nous, il faut aller à la racine, transformer la société. Ainsi, un autre partage des richesses se
traduira par l’arrêt immédiat de la marchandisation, de l’autonomie des établissements et de la
concurrence entre établissements, personnels et disciplines, autrement dit de tout ce qui vise à
transformer les parents et les élèves en consommateurs d’éducation ».
Dans la salle, plusieurs syndicalistes interviendront dans le débat. Fil rouge des propos ?
L’exigence de clarté, notamment pour répondre à la proposition insatisfaisante de François
Hollande de créer 60.000 postes dans l’éducation nationale mais de maintenir les effectifs
de la Fonction publique à effectifs constants. « Nous sommes attachés à tous les services
publics, pas seulement celui de l’éducation. Je suis hostile à tout redéploiement entre
ministères » assure par exemple Didier Costenoble de la FSU pour qui il faut aller au-delà de
la remise en cause des seules suppressions de postes du quinquennat de Sarkozy. S’affirme
également l’exigence de cesser les financements publics des établissements privés. De même
que l’accompagnement par le Conseil régional de politique encourageant le patronat et
l’apprentissage est vivement critiquée. « Nous défendons les formations de l’enseignement
professionnel, mais sous statut scolaire » affirme ainsi William Roger, responsable CGT dans
l’Education. « L’école doit d’abord former l’homme, le travailleur et le citoyen et ne sert pas
à orienter un jeune vers un métier voire une entreprise précise ».
Les moyens existent
Effectivement, « personne n’a voté à gauche pour que la Région mette en œuvre la politique
du gouvernement » appuie Gabriella Marongiu, ancienne conseillère régionale et militante
PCF (1). Pour elle aussi, « il est nécessaire d’aller au-delà des postes supprimés sous ce
quinquennat. La scolarité obligatoire de 3 à 18 ans comme le propose le Front de gauche
oblige à mettre des enseignants devant les élèves ». « Répondre à l’immense défi de la
bifurcation économique et de la planification écologique obligera à former à de nouveaux
métiers » ajoute François Coq. « Je pense qu’il faut faire fort sur les moyens et briser
cette idée que l’on ne pourrait pas tout faire » assure pour sa part Eric Bocquet rappelant
qu’au Sénat, son groupe a avancé des propositions pour dégager 30 milliards d’euros de
recettes nouvelles ou que les produits financiers dérivés « représentent 600.000 milliards
de dollars, 12 fois le PIB mondial ». « Pendant ce temps, les lycées professionnels sont
dans le collimateur. Veulent-ils encore d’une industrie dans ce pays ? On a la formation de
l’économie que l’on veut ».
Bruno CADEZ
(1) Elle intervenait pour suppléer Cathy Poly-Apourceau, conseillère régionale PCF Front de
Gauche, initialement invitée et ne pouvant être présente ce jour-là.