Joseph Demeulemeester : jeune, communiste et fier de l'être
(paru dans la Voix du Nord du 15/01/12)
En flamand, son nom veut dire « le maître du moulin ». Joseph Demeulemeester est le patron de la section communiste de Lille. Rencontre.
PAR EMMANUEL CRAPET
lille@lavoixdunord.fr PHOTO PATRICK JAMES
Il s'est passé un truc en 1995 au moment de l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République. Joseph Demeulemeester, déjà grand costaud mais pas encore barbu, pas non plus complètement « construit politiquement », a pris une claque à tant avoir entendu le candidat de la droite « s'approprier un vocabulaire de gauche ». Ce Joseph en question, c'est l'actuel secrétaire de la section communiste de Lille, candidat du Front de gauche aux prochaines législatives dans la première circonscription. « La plus lilloise des circonscriptions », avait-il glissé au moment d'officialiser son engagement.
En 1995, Joseph Demeulemeester n'est pas encore en âge de voter. À la maison, ses parents lui ont inculqué « des valeurs de gauche ».
Il parle de « solidarité », du souci de faire passer « les intérêts collectifs avant les intérêts personnels ». Alors, quand il a vu des lycéens se jeter dans la fontaine de la Grand-Place à l'annonce des résultats de l'élection présidentielle, ça a été « l'atterrement ».
Cette improbable répercussion lilloise de l'actualité politique nationale a été déterminante quand il s'est agi, pour le Roubaisien de naissance (qui a grandi à Villeneuve-d'Ascq), de rejoindre une famille politique. Son choix intervient en 1996. L'année de ses 18 ans. Il entre au Parti communiste. Que diable un jeune, dont les parents n'étaient pas communistes, va-t-il faire dans cette galère ? C'est sans doute ce que certains ont pensé à cette époque-là.
Lui a une autre lecture de ce moment. Il ne cache pas un goût prononcé pour l'anticonformisme et les pieds de nez, mais retrouver ce garçon carté au PC a un autre sens que la dérision. Joseph dit avoir découvert « un mouvement attachant au sein duquel tu fais de la politique dans la diversité sociale ». Il croise « des militants qui ont mené de grandes luttes syndicales, des héros de la Résistance, des profs et des ouvriers, des chômeurs et des étudiants ».
Les siennes, d'études, l'ont d'abord mené à Lille III, « en histoire », puis en Bretagne autour des sciences politiques.
Retour à Lille dans le courant des années 2000. « J'ai pas mal bougé, mais toujours dans le quartier de Moulins. »Domicile actuel : à la limite de Moulins et de Lille-Sud. Gamin, il voulait devenir journaliste. Il a pris une autre voie. Avant de rejoindre la fonction publique territoriale, le jeune homme a compté parmi les salariés associatifs. Il oeuvrait dans le domaine des solidarités internationales, militant « contre le néocolonialisme français en Afrique. C'est quelque chose de très présent aussi chez les communistes ».
Un point commun supplémentaire. « Le PC réclamait la libération de Nelson Mandela quand personne n'en parlait. » Joseph Demeulemeester est plutôt franc du collier. Il aime, chez les communistes, « la sincérité » de l'engagement.
L'homme avoue avoir eu une période cheval fougueux. Les années l'ont assagi. Son plus beau combat ? 2005 et la campagne pour le non au référendum sur la Constitution européenne. « On a créé à cette occasion un mouvement dans lequel on a essayé de parler de fond. Je me souviens qu'on a publié l'intégrale du traité et qu'on allait la vendre au porte-à-porte contre l'euro symbolique pour que les gens soient informés. » Cette façon de prendre les choses en main, de faire et penser collectif, ont fait de lui le candidat désigné pour succéder à Jean-Claude Cuvelier à la tête de la section PC de Lille (314 adhérents). C'était en 2008. Dans la foulée, ladite section prend un coup de jeune. « Plus de la moitié des membres l'ont rejointe depuis les années 2000. » L'effet Demeulemeester ? Un peu. « 60 % des adhérents qui sont arrivés l'an dernier ont la trentaine. » Fonctionnaire à la Région, secrétaire de section, jeune papa, conseiller de quartier de Moulins (depuis 2005)... il lui reste tout juste un peu de temps pour attraper sa guitare et jouer du Michel Buhler. « Je suis chanteur pour mes copains. » On dirait du Balavoine, c'est du Demeulemeester. •