La planification écologique, kezako?

Publié le par frontdegauche

 

De mauvaise foi, des responsables d'Europe Ecologie, attaquent depuis quelques jours Jean Luc Mélenchon en le qualifiant de ringard anti-écolo. Vraiment? Si ces thèmes sont audibles aujourd'hui dans la campagne des présidentielles et des législatives, c'est pourtant largement à  travers la planification écologique que propose le front de Gauche. Sur ce sujet, vous trouverez ci dessous une contribution d'O. P., membre du comité de campagne du front de Gauche de la 1ere circonscription du Nord.

 

"Notre société d'abondance – mal répartie – l'a oublié, mais les deux seules sources de toute richesse sont le travail de l'homme et les ressources offertes par la planète. Ni l'une ni l'autre ne sont illimitées, et nous atteignons aujourd'hui des niveaux d'exploitation critiques.

 

Le 29 mars dernier, pour la deuxième fois en moins d'un an, le gouvernement a ouvert les stocks stratégiques de pétrole, par crainte que le débat sur les prix à la pompe ne s'invite dans la campagne présidentielle. Symptomatique du franchissement du « peak oil », cette mesure de court terme n'empêchera pas la production de pétrole de décroître lentement mais inéluctablement, provoquant une hausse des prix dont nous n'observons que le début, et rendant urgente une transition énergétique. Il en sera de même, à échéance de quelques décennies, pour le gaz, pour les métaux précieux, et même pour l'uranium, ce qui disqualifie le nucléaire en tant que solution à la crise énergétique, avant même d'entrer dans le débat sur sa dangerosité.

 

planisphere.jpgDu côté du réchauffement climatique, les prévisionnistes les moins pessimistes savent franchi le seuil d'une élévation minimale de 2°C de la température moyenne à l'horizon 2100, significatif d'une modification irréversible du climat de la planète qui entraînera disparitions d'espèces, submersion de terres habitées et exodes massifs.

 

En ce qui concerne la pollution, nous observons chaque jour les conséquences de notre exposition à toujours plus de substances irritantes, toxiques ou cancérigènes. Si vous circulez dans la métropole lilloise, vous n'avez pas manqué de relever sur les panneaux lumineux des autoroutes, les appels, inhabituels pour un mois de mars, à rouler moins vite pour limiter la pollution de l'air par les poussières. Nos enfants développent des allergies inconnues de nos parents. La surincidence et la surmortalité par cancer dans notre région, le Nord Pas de Calais sont également alarmantes.

 

Nous entendons ou lisons chaque jour, relayées par la presse, pêle-mêle, sur le mode zapping qui est devenu la norme en la matière, ces informations qui mériteraient une analyse sérieuse des liens qui les unissent. La catastrophe écologique n'est plus une hypothèse, ni un avenir effrayant : elle est en cours.

 

 

La cause de la catastrophe, c'est le productivisme

 

La nature n'y est pour rien. La catastrophe est issue de la surexploitation des ressources par un système productiviste insoucieux de son impact sur la planète et sur la vie.

 

capit-vert-2.jpgL'économie capitaliste n'a qu'un but : l'accumulation de capital ; c'est son essence même que d'investir pour produire, de produire pour réinvestir, ceci à l'infini. Mais pour pouvoir réinvestir, il faut que le capital retourne à la production, en d'autres termes que les produits de la production soient achetés. La production pour elle-même, décorrélée des besoins réels, génère donc un système de besoins artificiels, hors sol, absurde. L'envie, l'esprit de compétition, la publicité nous maintiennent dans une frustration permanente, jamais assouvie, toujours projetée sur le désir d'après.

 

Tout cela a un coût matériel. Vous venez d'acheter le téléphone mobile dernier cri, mais l'appareil d'avant-dernier cri que vous jetez à la poubelle – ou que vous rapportez consciencieusement à la boutique – a nécessité pour le produire, de l'énergie, du pétrole, des métaux précieux, de la force de travail. L'énergie ne se recycle pas ; à la rigueur, elle se transforme, mais à chaque transformation une quantité importante est dissipée et à jamais irrécupérable. Quant aux matériaux, les filières de recyclage les plus modernes n'en pourront jamais récupérer la totalité, et qui plus est, consomment elles aussi de l'énergie. Ceux qui vous parlent de recyclage à l'infini sont des Diafoirus de l'écologie.

 

Les politiques de « croissante verte » et autre « développement durable » n'éviteront donc pas la catastrophe, car au postulat de départ erroné de la ressource infinie, elles ont substitué celui, tout aussi faux, de la recyclabilité infinie. Qui plus est, elles ne se relèveront jamais de la contradiction fondamentale entre écologie et capitalisme. Toute politique écologique ne peut être qu'anticapitaliste par essence.

 

 

La planification écologique démocratique

 

La réponse à ces enjeux ne peut s'improviser. Il est illusoire de croire que « l'écologie des petits gestes », la « responsabilisation par l'incitation » suffiront à faire face à l'ampleur du problème. Le Front de Gauche propose donc de revenir à un système de production corrélé aux besoins réels des populations. Les modes de production, de consommation, d'échange doivent être redéfinis en fonction de l'intérêt général et non selon des exigences de profit.

 

Il faut pour cela un horizon politique clairement défini, ambitieux, dont les buts aillent au delà des calculs électoraux tout en garantissant une élaboration démocratique.

 

La planification écologique n'est en effet pas un Gosplan élaboré d'en haut par un Gouvernement du Front de Gauche arrivé au pouvoir et déconnecté du peuple jusqu'à l'élection suivante. L'enjeu est d'agir sur le court, le moyen et le long terme en associant les citoyens aux politiques qui vont être mises en œuvre. Seule la démocratie permet de définir ce qui est bon pour tous ; ce qui est bon pour tous, c'est ce qui préserve l'écosystème. Ce qui préserve l'écosystème, c'est ce qui respecte ses limites.

 

Toute la cohérence du programme du Front de Gauche réside alors en une politique globale de redécouverte du lien social, de la solidarité, de la proximité, qui mettra fin à l'organisation de la frustration infinie, qui ouvrira nos consciences à l'inutilité et à l'absurdité de beaucoup de nos actes d'achat, et in fine, à leur nocivité pour l'environnement.

 

La planification écologique, c'est la définition populaire des besoins réels et la mise en œuvre de politiques de production adaptées à ces besoins. C'est la fin de la génération par le système de production des besoins nécessaires à la reproduction du capital.

 

 

La démarchandisation des besoins fondamentaux

 

Les biens et services qui répondent aux besoins fondamentaux de la vie humaine ne doivent plus être de simples marchandises, ce qui signifie que, dans la limite de ces besoins fondamentaux, l'usage doit être dissocié d'une quelconque valeur d'échange. Ainsi, un accès à une quantité minimale d'eau saine doit être garanti à chaque citoyen. L'air sain ne doit plus être le luxe que s'offrent ceux à qui leurs revenus permet de s'éloigner des zones polluées. Personne ne doit non plus avoir à choisir entre chauffer raisonnablement son logement et manger correctement.

 

La gestion des biens et services fondamentaux ne pourra donc être laissée entre les mains d'entreprises privées dont le seul but est la recherche du profit. Le Front de Gauche propose de créer des pôles publics de l'énergie et de l'eau sous contrôle étroit de la représentation nationale, et de garantir les minima nécessaires à une vie décente.

 

 

L'économie au service des besoins réels et raisonnables

 

Ensuite, il faut mettre fin à l'escalade des faux besoins générés par le productivisme aveugle. Les mots d'ordres doivent être la sobriété et l'efficacité. Un audit massif des usages doit être réalisé et mener à un ambitieux plan de réduction des consommations, qu'il s'agisse de l'énergie ou de la matière. La nécessité réelle de toute production devra être analysée. Les ressources seront ainsi mieux préservées, et la lutte contre la pollution ne sera plus simplement curative mais essentiellement préventive. Pour les usages nécessaires, l'efficacité doit être recherchée : isolation des bâtiments, réutilisation des énergies, cogénération...

 

Il doit aussi être mis fin à la sollicitation permanente et agressive de notre attention par la publicité. Des réglementations devront limiter sévèrement la publicité dans l'espace public, àla télévision, à la radio, et même sur internet.

L'instauration d'un revenu maximum fera cesser les consommations ostentatoires, inutiles, absurdes.

Il faudra également lutter contre l'obsolescence programmée des produits, non seulement en incitant la recherche sur la durabilité, mais aussi en allongeant par la loi les durées de garantie et en développant les filières de réemploi (consignes).

 

Il faut préciser enfin que la sobriété n'a rien à voir avec l'austérité. Il y a une différence essentielle entre une politique qui recherche toutes les possibilités de suppression de dépenses dans les services publics afin de préserver, en période de crise, des taux de rendement du capital qui satisfassent les actionnaires des entreprises privées, et une autre qui cherche la distribution des richesses assurant le bien-vivre pour tous sans superflu dommageable à l'écosystème.

 

 

Le Front de Gauche et l'écologie politique

 

Qu'on ne s'y trompe pas : l'écologie politique n'est pas un improbable greffon sur de vieilles politiques de gauche. Ceux qui nous accusent de « mettre une touche de vert dans beaucoup de rouge » n'ont, fondamentalement, rien compris.

 

capit-vert.jpgD'abord nous avons pris acte du fait qu'il n'y a qu'un écosystème compatible avec la vie humaine, devant lequel tous les hommes sont semblables, ce qui refonde l'idée – de gauche – d'intérêt général ; celui-ci ne consiste plus en l'atteinte par tous les hommes du niveau de confort des riches, dont il est acté qu'il est intenable, mais en un partage des richesses disponibles dans les limites permettant la préservation de l'écosystème.

 

Ensuite, nous constatons l'existence d'une classe écologique : c'est la classe qui est au contact immédiat de la catastrophe. Les premiers touchés par la dégradation de l'écosystème sont en effet ceux dont les revenus ne permettent pas de s'en écarter. Ceux qui sont obligés de vivre au bord des autoroutes, dans les banlieues polluées, à côté des usines. Ceux qui travaillent au contact de la pollution, qui sont obligé de faire fonctionner les procédés qui en sont à l'origine.

 

La classe ouvrière est ainsi la classe d'intérêt général en matière d'écologie, la plus à même de poser les limites.

 

Ceci refonde totalement la théorie de gauche, en ce qu'il est mis en évidence que toute politique qui lutte contre le capitalisme est intrinsèquement une politique écologiste. A contrario, n'en déplaise aux zélateurs du capitalisme vert, aucune politique écologique n'est viable si elle n'est en même temps anticapitaliste. Socialisme et écologisme sont un même combat." OP

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B
http://www.youtube.com/watch?v=pmW3RMLv4Pc&feature=daily_wed
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